Ça tire dans l’épaule. Ça tire dans le bras. Parfois, ça pique, parfois ça lance, d’autres fois, ça brûle.
Le moral s’articule avec ma tendinite qui résiste et me décompte les mois qui me restent pour arriver si possible en grande forme. Au moins, en pleine forme.
A minima, en forme.
Le bras détendu se laisse porter mais dès que j’insiste, il me crie doucement à l’oreille « tu es sûr de toi ? Sûr de tes capacités ? Sûr de tenter le coup ? »
Non.
De rien, je ne suis moins sûr.
L’épaule droite qui me joue des tours depuis quelques mois ne se laissent pas apprivoiser, elle me dit, cette épaule, de bien la soigner, de ne plus la négliger. Et je joue avec elle comme avec une coupe de cristal, comme avec une maison de plume, comme avec un objet fragile et délicat, un ustensile qui ne fait pas vraiment épaule mais plutôt, accessoire de théâtre. De ceux qu’on démonterait bien pour les remplacer par quelque chose de plus durable.
Une prothèse, tiens ! Pas bête, la prothèse…
Température au sommet du Khan Tengri -28°
Température ressentie au sommet du Khan Tengri -45°
Ici, la météo ne fait pas peur, elle me fait miroiter une facilité que je récuse de peur de me faire avoir. Oublier l’essentiel. Oublier l’évidence. Me faire croire qu’en prenant l’avion, le train, le car, bref qu’en me déplaçant avec toutes les aisances du monde j’arriverai à bon port.
Non. J’arriverai tout simplement à mon point de départ. Mais le seul moyen de locomotion qui importe, c’est moi. Moi intègre. Moi tout entier. Moi avec deux jambes deux bras et une tête bien vissée.
Me reste quelques mois pour la révision générale. Ça devrait aller. Mais l’épaule me crie un petit avertissement. Un grincement familier qui fait « aïe » quand on l’écoute. Et pire encore quand on ne l’écoute pas.
Température sur l’épaule de l’aiguille du Tacul -3°
Température ressentie sur l’épaule de l’aiguille du Tacul -11°
