Chaîne

Main tendue au-dessus de l’abîme offre une dure solidarité qui arrache mon masque, exige de mon joug qu’il soit exposé. Impossible traversée. Main désolée de ne plus m’assister. Délié, je chute.

Lien

Nous sommes autant d’inconnus éparpillés dans le sang de l’histoire, et qui caille. Nous laissant, faute de ris, dans une farce commune et banale. Le joug de l’humanité sonne le glas de l’enfance. La fin de l’unicité. Nous sommes autant d’inconnus, éparpillés dans une histoire qui resserre, frileuse, le lien sur nos cous.

La statue de sel

Une statue de sel et d’air marin un vent incroyable l’a sculptée Une ombre torturée un souffle cristal un trait décoché Une senteur âpre et prenante Découvre un marécage foisonnant Une étendue rocailleuse Des algues s’accrochent sur son sillon Une mouette Deux bateaux Trois marins savent son attente immuable Une résonance caractéristique précurseur libératrice d’une […]

Départ

Une pierre lourde nous offrait l’appui Nos bras emmêlés digues de désir apaisaient de pression chaleureuse Étrangers sur le pont d’un voilier étranger La toile claque forte et violente impose la balance inégale Tes yeux piquaient de caresses tues Tes mots griffaient comme du sable La toile claque dissipe l’espoir Disparu éventé le subtil unisson […]

Sous le nez

Tu passes devant tous tes petits magasins du quartier, la boulangerie dont tu apprécies la baguette à la croûte croquante mais élastique, la pâtisserie (pas la même) dont tu raffoles des Paris-Brest essentiels gavés de pralin et crème compactée. Tu passes devant le boucher, sa viande aux reflets moirés qui te fait l’œil doux, tu […]

L’enchanteur

Le suc bienfaiteur est d’une source tarie La tige élogieuse flétrie et desséchée Bordure étiolée d’une vraie féerie savoureuse et mystérieuse J’ai rencontré un arbre cercueil suspendu Fatal impromptu à la parure d’argent Son aura comme la lune accompagne mes nuits

La beauté

Une vulgaire grosse poudrée Tendue Lèvres luisantes ourlées de venin Écluse Une goutte noire et blanche Découle Son air rogue surface de dogue L’âge derrière elle lointain plaisir enfui de matins Perdus

Le mendiant

Le vieux entonne un chant débile et lent Sa voix friche et gargotte Corde voilée se brise de rire fatigue de tristesse humide et rebondit Il se tient lisse et dénudé sa vigueur sépulcrale contre la beauté

Le boulevard

Les vieux tassés la peau usée attendent En eux des fleurs des bijoux des extases Perdus sur une chaise aplatis de chaleur tête dégagée les yeux encroûtés Ils parlent peu Les mains enrobées de djellabas plissées brisures de désert incrustées au visage leurs abris sont couleur de l’autre côté

Ivre Alexandra

La fête hiberne en toi. Des cigares empuantissent ta bouche, tu insistes des verres et des lignes et des joints dans l’attente d’un soubresaut. Tes yeux de brune brume nourrissent des fèces. Tu baises tes mots, tu ondules ta bouche, ton vagin ouvert à l’hôtel de désamour.