Le jeune Eros

Tes dents brillantes d’un désir vainqueur Couronnent et cernent le gouffre d’envie Ton oeil laiteux émeraude vitreuse Méduse affamée à l’affolant berceau Ta main féroce pique mon dos docile Une spirale éperdue voile ton nom court Dans mes yeux sourds nagent des serpents Ton rire et ton cri bercent mon ardeur

Après la bouche

L’air repu qui répond à l’oral A le sombre plaisir d’une tristesse édifiée Tu craches et rejettes sa vérité Bancale Hérite-moi lors du trépas descends les degrés successifs Jalons du parcours lascif de l’orifice qui étreint Silo cloisonné et têtu Ton corps repu qui festoie

Eros

Tes doigts musqués d’indiscrétion sont un aimant douloureux Mon indolent port de panthère brisé d’un collier ruisselant Ta cuisse affleurée masque une splendeur souterraine enveloppe spasmodique d’un serpent fasciné Tes caresses ébouillantent ma peau affaiblie elle roule et s’enfuit sous tes ongles

Renaissance

Le coeur goutte comme une outre mal bue Sur mon dos sur mes reins comme des cailloux Sortie d’une ruine une fée danse Ses pieds martèlent des horreurs complices carcan corseté d’un viol éperdu Un filon d’amour libère une veine somptueuse Un amant minéral écoule ses pépites J’aime et tu es comme un roc

Maîtrise

L’heure est grave, la terre molle, sa volonté de fer. Il va la rejoindre au bout du camp, ensemble ils creuseront le tunnel, ensemble ils s’enfuiront. L’esprit alerte, elle le voit qui arrive, elle l’entend qui appelle, elle le sent qui la touche de ses mains, ses fortes mains pour la conduire à l’issue. Elle […]

L’accord parfait

L’accord parfait. Arrime-toi au souffle de la vie qui s’invite. Artère ton cœur à la traîne des étoiles, à la poussière de la lune, libère une goutte infinie qui s’étend de la fin à la fin des deux mondes qu’elle unit. Liquide lien qui jaillit, moléculaire et filaire, corde vibrante d’unisson scintillant qui rive les […]

Chaîne

Main tendue au-dessus de l’abîme offre une dure solidarité qui arrache mon masque, exige de mon joug qu’il soit exposé. Impossible traversée. Main désolée de ne plus m’assister. Délié, je chute.

Lien

Nous sommes autant d’inconnus éparpillés dans le sang de l’histoire, et qui caille. Nous laissant, faute de ris, dans une farce commune et banale. Le joug de l’humanité sonne le glas de l’enfance. La fin de l’unicité. Nous sommes autant d’inconnus, éparpillés dans une histoire qui resserre, frileuse, le lien sur nos cous.

La statue de sel

Une statue de sel et d’air marin un vent incroyable l’a sculptée Une ombre torturée un souffle cristal un trait décoché Une senteur âpre et prenante Découvre un marécage foisonnant Une étendue rocailleuse Des algues s’accrochent sur son sillon Une mouette Deux bateaux Trois marins savent son attente immuable Une résonance caractéristique précurseur libératrice d’une […]