Une douleur

Une douleur a laissé son empreinte. Elle dort, griffes repliées sous son ventre, dents retirées, bouche fermée, ma peau rythme au son de son souffle. Son empreinte, je l’appelle souffrance, que je supporte. A distance, mes mots cliniques détaillent sa façon, mes mots techniques. Lorsque je parle d’elle, elle ronronne, satisfaite, son rôle bien rempli. […]

L’amant

Amant ardent ton épée me pourfend Déchire mon corps sage de repos Ennemi impérieux tu m’écorches de honte Tu attises ma rage de n’avoir point de lame J’ouvrirais un passage aberrant Je fouillerais tes entrailles dénudées Je sculpterais tes chairs rougies et autres agaceries

Une nuit entre mille

Une histoire d’or orientale odorante de vasque vermeille Une reine aux chevilles cerclées aux mains de henné Tes lianes lascives me lient lentement une odeur charnelle au noueux émoi Pour toi une fleur si rouge que tu pâliras

Vestibule

L’orée d’une bouche enserre les flots de parole. Ils, les mots, restent. Les yeux sont fous d’impuissance, les mains liées au sommet de leur courbe, les bras, pendants, errent. L’entrée est cachée, ne se fait pas. Les mots vivent à l’orée de la tombe. Une porte, s’est refermée.

Zoë

De son nom jaillit la vie. Courte, intense et lumineuse, sa couleur arborée fièrement. Son nom est, à tous, un mouvement d’abstinence, une sortie contrôlée sans grande peur, sans effroi, sans cris, une sortie dessinée dans le ventre d’une femme, et guidée. Elle y trouve sa trace, et s’enflamme des autres, elle qui donne. C’est […]

Attrape, coeur

Piège retors, habile et funéraire, tu repais ton envie d’involontaires cruautés. Attrape, cœur, attrape ! Et déchire. Et mords. Et surtout ne pas dire, ne pas relâcher les prisonniers de ta cage effarés. Attrape, cœur, et garde le secret bien conservé.

Côté jardin

La terrasse avide de rencontre assoiffée Envahie d’artichaut échevelé Arraché de sa tige Déplanté dans ton cœur Lumière violette violente ton sexe volette et perce des traces d’azur Une folle traîne absurde limace livraison d’extase en livrée de chasseur Une grandeur évanouie venteuse altitude parsemée de roches claires Des obstacles Des ardeurs Odeurs de résine […]

Altitude

A hauteur de branches terrien maladroit A hauteur de cime animal perdu A hauteur de faille Dans la canopée des moqueurs mon air partagé sans obstacle Mon sol est une île Désertifiée

Pause

Une enveloppe mystérieuse percée mordorée libère des chairs rutilantes Un ouragan final gifle les oiseaux Des pêcheurs maniaques déchirent leurs filets Leurs cabines malaxées d’une pluie diluvienne Charognard d’allégresse tu carnassier manges ma tristesse