Quelque chose d’étrange vient de se produire. Une sensation d’effroi vient de me saisir. Quelque chose d’absurde. D’inconcevable. D’incroyable. Un oxymore de la vie.
Quelque chose qui serait comme, allongé sur la plage sur Amorgos, ou installé à une terrasse sur la même Amorgos, ou enfin, en train de cheminer paisiblement sur un sentier d’Amorgos… oui, donc en pleine vacance de l’esprit je viens de recevoir mes billets pour Bichkek.
Et là, putain, ça claque ! Bing dans ma gueule, boum sur l’épaule, on me tape fort dans le dos pour que je recrache tout ce que j’essaie de garder en moi depuis que j’ai décidé, depuis que j’ai tenté, depuis que j’ai osé… Depuis que j’ai pris la trouille de ma vie avant même de partir ! Billets reçus, heure de départ fixée, poids de bagage déterminé (eh, dis donc, 30 kilos, ça en fait des duvets des crampons des piolets et des barres chocolatées !), donc maintenant, y a plus qu’à et la petite boule dans le ventre, la boulette de rien se met à gonfler, baudruche de ma peur prête à m’exploser les entrailles. Alors, je checke, encore, je checke et rechecke mon mantra de névrose, je me rassure en voyant la température de mes montagnes les plus proches
Température au sommet du mont Ida 5°
Température ressentie au sommet du mont Ida 2°
Seulement voilà, je me goure complètement. Ce qui m’attend, et qui ne me rassure pas tant, c’est plutôt ça :
Température au sommet du Khan Tengri -25°
Température ressentie au sommet du Khan Tengri -35°
Eh oui, ça y est, c’est presque l’été !
