Comédie

La comédie épanouie des appétits voraces a volé la lumière. Elle a plombé la cité, corrigé les oiseaux, nourrie des fumées balancées d’une tour, au plus haut des monts industriels. Assiégeant tous les hommes d’envies contraignantes, elle a enfilé les habits du plus fort, s’est masquée d’une feinte unité. La vitalité subtile des expressions intimes […]

Carmine

Carmine est pure diseuse Ses mots brisent des clamps rouillés S’évadent de pièges engluants se libèrent d’ardeurs grinceuses Carmine disperse les insomnies Ses phrases géantes étouffent les ombres Ses mots sont rondins, balles féroces, chaudes brassées, soulèvent le vent Sa voix à grande vitesse, rotative et cinglante, concasse et expulse les fragments d’une roche rare […]

Obscurités (II)

L’obscurité. L’obscurité que je défie m’expose. Celle d’une chambre fermée est plus tranquille. Dans le noir tu enlèves une partie artificielle de ton corps. Je ne vois pas l’absence. Je ne vois rien de ton sourire quand tu glisses sous les draps. Je ne crains rien à parader nu devant toi imaginant que tu regardes. […]

Et pourquoi pas ?

Il y a des questions qui ne se posent pas. Celles dont les réponses sont dans tous les manuels de savoir-survivre touristiques : où voir les plus beaux temples ? Où skier la meilleure poudreuse ? Quand admirer les cerisiers en fleur ? Des questions simples aux réponses aisées. D’autres, plus subtiles, qu’on se retient […]

Obscurités (I)

L’obscurité. Je marche vite et sans bruit. La peur au ventre. Mes pas de loup. L’obscurité. La nuit caresse, la lune sortie, une rue à traverser. La chaussée chaude et tranquille. L’obscurité accepte que je me promène nu, la nuit. Le vent sur ma peau. L’asphalte sous mes pieds. Être nu dans la ville, et […]

Les amants

Mon étoile ma lumière Ta semence entre mes cuisses gourmandes bouge comme un petit roi A mes pas comptés une onde caressante suggère une requête insistante Une promesse dans tes yeux veloutés Une caresse sur ta queue assommée D’une voix mouillée tes viscères me crient Belle au pied d’or je suis

Le faiseur d’anges

Dans un ciel interdit une goutte de sang Dans un ventre agité une plaie brûle un sourire béat Condensée en un rêve l’annonce d’une mort Une ficelle minuscule a rompu Un glaçon dans l’eau s’est perdu Perdu à jamais

Démission

Un trouble laiteux filtre mon regard Une vague résonne aux parois caverneuses Écrête l’écume violente d’une tempête amortie Dans ton antre un écho une prière instante et impérieuse Amante ton cri est glacé

(contre) Champ de force

La force factice ronronne, confortable vibration gavée de faux-semblants, d’affinités sélectives, atomes crochus, ions perdus. La physique des sentiments pointe un chemin crédule, masque la vérité, attise l’absence de doute. Agité plutôt par la chimie du sang et du vivant, il faut se bousculer. D’une corde se hisser haut, fièrement haut, en accrochage contraire aux […]

Immobilité

Il est dedans le fuyard. Immobile. Involontaire. Il est perdu, trompé, atterré, ne retient de sa fuite qu’une terreur d’être trouvé. Il est dedans le fuyard, les jambes vidées de sang, coupées de peur. Et les yeux qui le cherchent percent plus fort que ses yeux qui s’exposent. Et regrettent.